Dr FAYA LANSANA MILLIMOUNO : On dirait que les gens oublient notre propre histoire. Nous étions déjà dans le septennat en Guinée. En 2001, il y a eu un coup d’État constitutionnel qui a consisté à modifier certaines dispositions de la Constitution, notamment en supprimant la limitation des mandats, et en passant de cinq à sept ans. Mais cela, on semble l’avoir oublié.
Pendant la transition dirigée par le CNDD, nous avons décidé de ramener le mandat à cinq ans. Parce que, par principe, ce n’est pas le nombre d’années au pouvoir d’un président qui fait le bonheur d’un peuple. Il y a beaucoup de pays qui avaient des mandats de sept ans. La France, que nous avons souvent copiée, en est un exemple : le dernier président à avoir exercé un mandat de sept ans, c’est Jacques Chirac. Il a commencé par un septennat, mais son second mandat a été ramené à cinq ans.
Le Sénégal, notre voisin, avait aussi des mandats de sept ans. Mais ils les ont ramenés à cinq ans. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce n’est pas en restant dix ans au pouvoir qu’on assure le bonheur d’un peuple.
On dit parfois que si quelqu’un a de bonnes idées, cinq ans c’est peu. Mais si c’est un dictateur, sept ans, c’est trop ! Donc, c’est un faux débat. On aurait simplement dû maintenir le mandat à cinq ans.
En tout cas, je n’ai vu ni parti politique ni organisation sérieuse proposer que la durée du mandat passe de cinq à sept
Dans le cadre du programme Simandou 2040, ne pensez-vous pas qu’un mandat de 7 ans soit raisonnable pour permettre au futur dirigeant d’aller au bout de cette initiative ?

Ce n’est pas justifiable. Même dans les cas où des régimes dictatoriaux sont restés au pouvoir pendant plus de vingt ans, cela n’a pas nécessairement apporté le bonheur aux Guinéens. Le premier président a gouverné pendant vingt-six ans.
Aujourd’hui, le simple fait d’évoquer le nom de Sékou Touré divise encore les Guinéens, plusieurs décennies après. Lansana Conté, lui, a dirigé pendant vingt-quatre ans. Est-ce que cette longévité a fait le bonheur du peuple ? Je ne le pense pas. Cela ne se justifie en aucune façon, en réalité.
D’ailleurs, les exemples autour de nous montrent que la tendance est plutôt à la réduction de la durée des mandats. Des pays qui avaient des mandats de 7 ans sont passés à 5 ans. Même en Guinée, nous sommes passés de cinq à sept ans à un moment donné, avant de revenir à cinq ans.
Je ne vois pas ce qui pourrait justifier aujourd’hui qu’on reparte vers une présidence plus longue, alors même que la longévité n’a jamais été synonyme de progrès pour notre peuple.
Pensez-vous que le CNT a été influencé dans cette décision ?
C’est clair. Je peux vous dire ici que, la dernière fois, lorsque j’ai réagi dans vos colonnes, j’ai déclaré que je n’allais pas répondre à l’invitation de la Présidence au Palais Mohamed V, parce que le projet de Constitution ne comportait pas de limitation des mandats. Je savais très bien ce que je disais.
Le matin même du dépôt du projet, il y a eu une plénière au CNT, justement pour revenir sur ce point. Il y a eu clairement de l’influence. Et cette influence est allée jusqu’à des menaces envers certains conseillers. Je sais de quoi je parle.
C’est-à-dire ?
Je vais vous donner un exemple. Lorsque l’avant-projet a été publié, il n’était pas question de supprimer les dispositions de la Charte interdisant aux membres du CNT, du CNRD et du gouvernement de se présenter à l’élection présidentielle. Mais le jour où cette question a été débattue, l’atmosphère était électrique.
Oui, il y avait une tension palpable. Et lors du débat sur la suppression de la limitation des mandats, il y a également eu beaucoup de menaces. Nous savons donc que les travaux du CNT se déroulent sous pression.
Nous avons heureusement des représentants qui tiennent bon. Au Bloc Libéral, nous donnons des consignes claires à notre représentante : quelles que soient les pressions, elle doit rester fidèle à la ligne du parti. Et elle s’y tient. Mais nous suivons de très près tout ce qui se passe au sein du CNT. L’influence est énorme. Et nous, nous restons fermes sur notre position.
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